Jeter (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( je jette, nous jetons ; je jetais, nous jetions ; je jetai ; je jetterai ; je jetterais ; jette, jetons ; que je jette ; que je jetasse ; jetant ; jeté ). IX e siècle, getter. Issu, par l'intermédiaire du latin populaire jectare, du latin classique jacere, « lancer, ». Jeter entre dans la formation de nombreuses locutions et expressions qui figurent dans ce dictionnaire au mot principal et y sont expliquées.

I. V. tr.
1. Lancer à quelque distance, envoyer dans une certaine direction. Jeter quelque chose en l'air, à l'eau, dans le feu. Jeter une pierre, une grenade. Jeter du grain aux poules. Jeter un os à un chien. Jeter un livre à la tête de quelqu'un. Jeter son manteau sur une chaise. Jeter de l'argent sur la table. Loc. Jeter les dés, les lancer à la main ou avec un cornet. Jeter une carte, la déposer sur la table pour la jouer. Jeter une lettre à la boîte, la poster. . Jeter le faucon, le lancer sur sa proie.


Jeter l'ancre, voir . Jeter le plomb, la sonde (vieilli), les laisser tomber jusqu'au fond pour connaître la hauteur d'eau ou la qualité du fond. Jeter le loch, l'appareil destiné à mesurer la distance parcourue par un navire et sa vitesse. Expr. fig. Les dés sont jetés, la décision, la résolution est prise, quoi qu'il puisse arriver. On dit de même Le sort en est jeté. Jeter son épée dans la balance, voir . Jeter l'argent par les fenêtres, dissiper son bien en folles dépenses. Jeter de la poudre aux yeux, chercher à éblouir par ses discours et ses manières, en faire accroire. Jeter une pierre dans le jardin de quelqu'un, voir . Jeter de l'huile sur le feu, voir . Fam. Jeter son bonnet par-dessus les moulins, voir . Jeter le froc aux orties, voir . Il n'est pas bon à aux chiens, il vaut moins que rien. Jeter la pierre à quelqu'un, élever contre lui une accusation, le rendre responsable d'un mal, d'une erreur, d'un méfait. Tout le monde lui jette la pierre, l'accuse, le tient pour coupable. Jeter une chose à la tête, à la figure, au nez de quelqu'un, la lui révéler sans ménagement, la lui reprocher vivement. Jeter le gant, le mouchoir, voir ces mots. Jeter une personne dans les bras de quelqu'un. Jeter le grappin sur quelqu'un (fam.), l'accaparer ou s'emparer de lui. Par ext. En parlant de ce qu'on dépose ou dispose de distance en distance. Jeter une passerelle au-dessus d'un torrent, un pont sur une rivière. Jeter un pont de bateaux entre les rives d'un fleuve pour le passage des troupes. Jeter les fondements d'un édifice, les asseoir, les établir. Fig. Jeter les fondements d'un empire. Jeter les bases d'une science nouvelle. Jeter un blanc, une espace, une interligne, les disposer dans la composition.
2. Abandonner, mettre à l'écart ce dont on n'a plus l'usage ; se débarrasser, se défaire de. Jeter ses armes pour s'enfuir. Jeter des papiers au feu, à la corbeille. Jeter un mégot. Ces documents périmés sont bons à . Jeter des marchandises à la mer pour alléger le navire. Jeter du lest. . Jeter une carte, des cartes, les écarter, s'en défaire au cours du jeu. J'ai jeté les piques, le roi de pique.


Jeter l'éponge, voir . Expr. fig. Jeter quelque chose au vent, le faire disparaître. Jeter le masque, voir . Jeter le manche après la cognée, voir . Jeter le bébé avec l'eau du bain (fam.), voir . Prov. Quand on a pressé l'orange, on jette l'écorce, voir . Par anal. Jeter ses bois, sa tête, en parlant du cerf, perdre ses bois.
3. Poser à la hâte, placer avec promptitude. Jeter une nappe sur la table. Jeter un châle, un manteau sur ses épaules. Expr. fig. Jeter un voile sur une chose, la passer sous silence. Iron. Jetons un voile sur les détails de cette vilaine affaire. . Jeter une draperie, donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. Les plis de cette draperie sont artistement jetés. Par ext. Jeter une remarque, une phrase dans la conversation. Jeter quelques mots sur une feuille, les y inscrire à la hâte. Jeter ses idées sur le papier, les noter rapidement dans l'ordre où elles se présentent. En parlant de certains mouvements du corps. Jeter ses bras autour du cou de quelqu'un. Jeter un œil, un coup d'œil sur une brochure, la parcourir brièvement, superficiellement. Jeter un regard sur le paysage et, fig., un regard en arrière, sur le passé. Jeter des regards d'intelligence à quelqu'un . Jeter les yeux sur une personne, sur une chose, la regarder et, fig., avoir sur elle des vues particulières. Jeter son dévolu sur quelqu'un, sur quelque chose, voir . Se dit aussi figurément de certains sentiments, de certaines impressions que l'on fait naître de manière soudaine. Jeter l'effroi, l'épouvante, le trouble dans une assemblée. Cela jette un doute sur ses intentions. Jeter le ridicule, le discrédit sur quelqu'un. Jeter des soupçons dans l'esprit de quelqu'un. Expr. Jeter un froid, voir .
4. Pousser, diriger une personne avec force et soudaineté dans une direction donnée, en un lieu donné. Jeter un homme à terre, par terre. Jeter quelqu'un à l'eau, par-dessus bord. Jeter un homme au cachot, aux oubliettes, en prison. Jeter quelqu'un dehors, le mettre brutalement à la porte. Être jeté à la rue, sur le pavé. L'exode jetait des familles entières sur les routes. Fig. Il fut malgré lui jeté dans cette affaire . Jeter quelqu'un dans un péril, dans le danger. Ces nouvelles nous jetèrent dans l'inquiétude. Votre refus me jette dans un grand embarras. La surprise où les jeta ces paroles. Expr. Jeter quelqu'un hors de soi, hors de ses gonds, le mettre en fureur. Expr. Jeter ses hommes, son infanterie, sa cavalerie dans le combat, les y engager. Jeter ses réserves dans une bataille. On dit par métaphore Jeter des actions, des titres sur le marché boursier. Par ext. Les vents jetèrent l'embarcation sur un écueil. Jeter son navire à la côte, s'y échouer exprès afin d'éviter un danger plus grand. Jeter sa voiture contre un mur. Loc. Jeter bas, à bas, démolir, détruire, abattre une construction. Ces masures doivent être jetées à bas. Fig. Jeter à bas un tyran, un régime.
5. Émettre, répandre, faire jaillir de soi. Cette fontaine jette beaucoup d'eau. La seiche jette son encre pour se dérober à l'ennemi. Le tronc de cet arbre jette une espèce de gomme. Cet abcès jette du pus et, absolt., jette. Fig. Il a jeté tout son venin, dans l'emportement de la colère, il a exprimé toute sa rancœur, tout son ressentiment, exposé tous ses griefs. Jeter sa gourme, voir . Pop. Jeter du jus, son jus ou, ellipt., en , faire grand effet. Se dit aussi de sons ou de rayons lumineux. L'oiseau jette son cri. Jeter un cri, une plainte. Jeter les hauts cris (fig.) , voir . Les flammes jetaient une lueur rougeâtre. Cette lampe jette un vif éclat. Un tison qui jette des étincelles. Ces pierreries jettent mille feux. Le soleil couchant jetait ses derniers feux. Jeter son feu, Jeter feu et flamme (fig.) , voir . Spécialt. En parlant des abeilles qui produisent et mettent dehors un nouvel essaim. Les abeilles n'ont pas jeté cette année. En parlant des arbres et des plantes qui produisent des bourgeons ou de nouvelles pousses. Cette vigne a bien jeté du bois. Les arbres commencent à des scions et, absolt., à . Jeter de profondes racines, s'enraciner profondément. Fig. Cet abus avait jeté de si profondes racines qu'il était difficile de l'extirper.
6. Faire couler du métal en fusion dans un moule, afin d'en tirer une figure. Jeter une figure, une statue de bronze en moule. Absolt. Ce fondeur jette bien.

II. V. pron.
1. Se lancer, se précipiter, se porter impétueusement, et souvent avec une intention déterminée, dans une direction, vers un être ou une chose. Se à terre. Se à bas de son cheval. Se de côté, en arrière, en avant. Se du haut d'une falaise. Se par la fenêtre. Se dans le vide, au fond d'un puits. Le fuyard se jeta dans une ruelle obscure, y entra, s'y réfugia promptement. Se sur un siège, s'y laisser tomber avec précipitation, brusquerie. Fam. Se sur la nourriture, manger avidement, goulûment. On se jette sur ce livre, sur cette marchandise, chacun veut le lire, l'acheter. Expr. Se au travers, à la traverse, déranger, contrecarrer quelque entreprise. Se à l'eau, voir . Se dans la gueule du loup, voir . Se sur quelqu'un pour le frapper. Il se jeta sur son adversaire, contre l'ennemi, au milieu des ennemis. Un fauve qui se jette sur sa proie. Se au cou de quelqu'un pour l'embrasser. Il se jeta dans mes bras pour me remercier. Se aux genoux, aux pieds de quelqu'un pour l'implorer. Expr. fig. Se à la tête de quelqu'un, s'offrir à son affection avec empressement et sans être recherché ou, spécialt., lui faire des avances. Il ne faut pas se ainsi à la tête des gens. Se à la tête du premier venu. Fig. S'engager avec fougue, souvent inconsidérément. Se dans la mêlée. Se dans un péril, au-devant du péril. Se dans un parti. Se dans la dévotion. Abandonner un excès pour se dans l'excès contraire.
2. Se dit d'une rivière, d'un fleuve qui mêle ses eaux à celles d'un cours d'eau plus important ou déverse ses eaux dans la mer. La Saône se jette dans le Rhône à Lyon. La Seine se jette dans la Manche.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je jette; nous jetons"). Lancer avec la main ou de quelque autre manière. "Jeter des pierres. Jeter des fusées, des grenades. Jeter ses armes pour s'enfuir. Jeter quelque chose au vent. Jeter quelque chose à la tête de quelqu'un. Jeter un filet dans l'eau pour pêcher. Jeter quelque chose au feu. Jeter des marchandises à la mer pour alléger le navire."
"Jeter un châle, un manteau, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un," Mettre avec quelque promptitude un châle, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un.
On dit aussi "Ce vêtement, cette draperie, etc., est jetée avec grâce, avec élégance," en parlant d'un Vêtement, d'une draperie disposés avec une négligence qui a de la grâce.
En termes de Peinture, "Jeter une draperie," Donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. "Ce peintre jette mal ses draperies. Les plis de cette draperie sont artistement jetés."
En termes de Marine, "Jeter l'ancre," La faire tomber dans la mer, pour arrêter le navire. "Jeter le plomb, la sonde," Laisser tomber la sonde pour connaître la hauteur de l'eau ou la qualité du fond. "Jeter le loch," Lancer à la mer le loch pour connaître combien le navire a fait de route pendant un temps donné.
Aux jeux de Cartes, "Jeter ses cartes," Refuser de les jouer. Il se dit aussi au Piquet, à l'Écarté, des Cartes dont on se défait pour en prendre d'autres. "J'ai jeté les piques."
Fig., "Le sort en est jeté." Voyez SORT.
"Jeter les fondements d'un édifice," Les asseoir, les établir. Figurément, "Jeter les fondements d'un empire, d'un royaume, d'une république, etc.," Fonder un empire, etc.
"Jeter un pont sur une rivière," Construire, établir un pont sur une rivière. Cela se dit surtout en parlant des Ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.
Fig., "Jeter de l'huile sur le feu." Voyez HUILE.
Fig., "Jeter son argent, tout par les fenêtres," Dissiper son bien en folles dépenses. "C'est un homme d'ordre et qui ne jette point son argent par les fenêtres."
Fig. et fam., "Jeter une chose à la tête de quelqu'un," La lui offrir sans qu'il la demande. Par extension, "Il s'imaginait que j'allais lui ma fille à la tête." On dit de même "Se à la tête de quelqu'un, à la tête des gens," S'offrir à eux avec empressement et sans être recherché.
Fig. et fam., "Jeter quelque chose au nez, à la figure de quelqu'un," Le lui reprocher.
Fig. et fam., "Jeter la pierre à quelqu'un." Voyez PIERRE.
Fig. et fam., "Jeter de la poudre aux yeux." Voyez POUDRE.
Fig. et fam., "Jeter le froc aux orties." Voyez FROC.
Fig. et fam., "Jeter le grappin sur quelqu'un." Voyez GRAPPIN.
Prov. et fig., "Jeter le manche après la cognée." Voyez MANCHE.
Prov. et fig., "Jeter son bonnet par-dessus les moulins." Voyez BONNET.
Prov. et fig., "Il n'en jetterait pas sa part aux chiens; Jeter sa langue aux chiens." Voyez CHIEN.
Fig. et fam., "Il n'est pas bon à aux chiens." Voyez BON.
Fig., "Jeter un voile sur quelque chose," Le passer sous silence.
Fig., "Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers," Le mettre ou le faire mettre au cachot, en prison.
Fig., En termes de Guerre, "Jeter des hommes, de l'infanterie, de la cavalerie dans la bataille. Jeter des munitions, des vivres, etc., dans une place," Les y faire entrer promptement.
JETER s'emploie aussi figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, dans l'acception de Mettre, placer, diriger, envoyer, etc., et souvent avec l'idée d'une certaine violence, de quelque soudaineté ou rapidité dans l'action. "Il fut malgré lui jeté dans cette affaire. Jeter rapidement ses idées sur le papier. Jeter un regard, des regards de compassion sur une personne. Jeter les yeux sur quelqu'un, sur quelque chose. Jeter un regard sur le passé. Jeter l'effroi, l'épouvante dans une maison, dans le camp, etc. Jeter du ridicule sur quelqu'un. Jeter des soupçons dans l'esprit de quelqu'un. Cette étude historique peut une vive lumière, un grand jour sur les causes de l'événement. Jeter quelqu'un dans le péril, dans un danger. Jeter dans l'inquiétude. Votre refus me jette dans un grand embarras. La surprise où les jeta cette nouvelle me fit sourire."
"Jeter les yeux sur quelqu'un" signifie quelquefois Avoir sur quelqu'un des vues particulières. "Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre."
"Jeter les yeux sur une brochure," La parcourir superficiellement.
"Jeter des propos," Avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou découvrir quelque chose. "Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre."
Fig. et fam.," Jeter son dévolu sur quelque chose," Choisir cette chose entre plusieurs autres.
JETER se dit quelquefois dans le sens de Pousser avec violence, tant au propre qu'au figuré. "Jeter un homme par terre. Les vents nous jetèrent sur un écueil. La tourmente politique les avait jetés loin de leur patrie."
SE JETER signifie dans cette acception Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. "On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure et disparut. Il se jeta dans le plus épais du bois."
Fig., "Se dans un couvent," S'y retirer.
SE JETER signifie encore, tant au propre qu'au figuré, Se lancer, se précipiter, se porter impétueusement dans, contre, vers quelqu'un ou quelque chose. "Se par la fenêtre. Se dans le feu, dans un puits, dans la mer. Se sur une chaise, sur un lit. Se au cou de quelqu'un pour l'embrasser. Se à genoux. Se aux genoux de quelqu'un. Je me jette à vos pieds. Il s'est jeté dans mes bras. Se sur quelqu'un pour le maltraiter. Il se jeta sur son ennemi. Le chat se jette sur la souris. Il se jeta au milieu des ennemis. Il se jette dans le travail à corps perdu. Se dans la dévotion. Abandonner un excès pour se dans l'excès contraire. Se volontairement dans le péril. Ce fleuve, cette rivière se jette dans la mer, dans un lac, etc."
"Se sur quelque chose" signifie quelquefois S'y porter avidement. "Les soldats se jetèrent sur ces provisions."
Fig. et fam., "Jeter une maison, une cloison, un mur, etc., par terre," Démolir, abattre une maison, une cloison, etc. On dit dans le même sens "Jeter bas."
En termes de Marine, "Jeter son navire à la côte," ou" Se à la côte," S'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.
JETER signifie aussi Pousser, envoyer, lancer hors de soi. "Le reptile jetait son venin. Le tronc de cet arbre jette une espèce de gomme. Cette fontaine jette beaucoup d'eau. Le volcan jette des feux. Un tison qui jette des étincelles. Cette lampe jette un éclat très vif. Jeter un" "soupir, un cri." Fig. et fam., "Jeter les hauts cris." Voyez CRI.
Fig. et fam., "Il a jeté tout son venin," Dans l'emportement de la colère, il a dit tout ce qu'il avait sur le coeur contre quelqu'un.
Fig. et fam., "Jeter son feu, tout son feu. Jeter feu et flamme." Voyez FEU.
JETER se dit particulièrement des Ulcères, des abcès, etc. "Cet abcès jette du pus." Absolument, "Ces ulcères, ces pustules jettent beaucoup."
Il se dit aussi des Enfants qui ont des croûtes de lait. Il se dit également des Chevaux". Ce cheval jette sa gourme." Fig. et fam., "Jeter sa gourme." Voyez GOURME.
JETER se dit en outre des Abeilles qui produisent et mettent dehors un nouvel essaim. "Ces abeilles n'ont point jeté cette année."
Il se dit encore des Arbres et des plantes qui produisent des bourgeons ou des scions. "Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions." Absolument, "Les arbres commencent à . La vigne ne jette pas encore."
"Jeter de profondes racines," S'enraciner profondément. Il se dit au propre et au figuré. "Ces arbres ont jeté de profondes racines. Cet abus avait jeté de si profondes racines qu'il était bien difficile de l'extirper."
En termes de Vénerie, "Ce cerf jette sa tête," Il perd son bois.
JETER, en termes de Fonderie, signifie Faire couler du métal fondu dans quelque moule, afin d'en tirer une figure. "Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en moule. Ce fondeur jette bien."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Communiquer un mouvement avec la main ou de quelque autre manière.
SÉV.: « Comme il continuait, je me sentis extrêmement tentée de lui un livre à la tête »
SÉV.: « L'Anglais [le chevalier Talbot] a promis au roi sur sa tête et si positivement de guérir Monseigneur dans quatre jours, et de la fièvre et du dévoiement, que, s'il n'y réussit, je crois qu'on le jettera par les fenêtres »
SÉV.: « De sorte que Ludre, Coëtlogon et Rouvroy sont parties ce matin pour aller à Dieppe et se faire trois fois dans la mer »
SÉV.: « On jeta de l'eau sur les restes de l'embrasement »
SÉV.: « Je jette quelquefois dans votre paquet les petits billets de l'abbé Bigorre, qui sait très bien ses nouvelles de Rome »
SÉV.: « C'est afin que, la poste de Provence arrivant, il [un commis de la poste] jette le paquet à celle de Bretagne, qui part le même jour »
FÉN.: « Comme un frondeur fait tourner avec sa fronde la pierre qu'il veut loin de lui »
LA BRUY.: « Il avale les dés et presque le cornet, jette le verre d'eau dans le trictrac, et inonde celui contre qui il joue »
ROLLIN: « Quoi ! misérable, lui dit-il, me prends-tu donc pour un bâtard ? et en même temps il lui jeta sa coupe à la tête »
VOLT.: « Avant ce temps-là, un grec [homme appartenant à la religion grecque] jetait par la fenêtre un plat dans lequel un latin avait mangé, quand il ne pouvait pas le latin lui-même »
RAYNAL: « Les femmes, parées magnifiquement, étaient aux fenêtres, et jetaient des fleurs et des parfums sur les vainqueurs »
    En termes de marine, faire le jet.
     Art. 410 du Code de commerce: Si, par tempête ou par la chasse de l'ennemi, le capitaine se croit obligé, pour le salut du navire, de en mer une partie de son chargement
    Fig.
SÉV.: « Adieu, ma chère comtesse ; jetez mes amitiés, mes compliments, mes embrassades, comme vous jugerez à propos »
    Jeter la plume au vent, voy. PLUME.
    Fig. Jeter de la poudre aux yeux, voy. POUDRE.
    Fig. Jeter de l'huile sur le feu, dans le feu, voy. HUILE, n° 2.
    Fig. Jeter le manche après la cognée, voy. MANCHE, s. m.
    Fig. Jeter la pierre à quelqu'un, voy. PIERRE.
    Fig. Jeter quelque chose au nez de quelqu'un, lui en faire objection, reproche (locution des gens de cour, dit de Caillères, en 1690).
MOL.: « C'est un étrange fait du soin que vous prenez à me venir toujours mon âge au nez »
    Fig. Jeter son bonnet par-dessus les moulins, voy. BONNET, n° 1. Y son bonnet, voy. BONNET, n° 2.
    Fig. Jeter sa langue aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
    Fig. N'être pas bon à aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
    Fig. Il n'en jette pas sa part aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
    Fig. Jeter un os à quelqu'un, voy. os.
    Jeter son coussinet sur quelque chose, s'arranger de manière à l'obtenir par adresse ; locution tirée de l'usage de marquer sa place, de la retenir, en y mettant son coussin.
    Fig. Jeter quelque chose aux pieds de quelqu'un, lui en faire l'offre, l'abandon.
C. DELAV.: « Donnons-lui ce triomphe ; honneurs, lauriers, pouvoirs, Jetons tout à ses pieds ; je veux tout lui devoir »

 2   Jeter un châle, une mante, un manteau, etc. sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un, mettre avec quelque promptitude un châle, etc. sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un.
MARIV.: « Moi.... qui n'avais précisément songé qu'à sur moi une mauvaise robe »
GENLIS: « Ces pensées bouleversèrent tellement Mme de Maintenon, qu'il lui fut impossible de rester dans son lit ; elle jeta une robe sur ses épaules... »
    Ce vêtement, cette draperie, etc. est jetée avec grâce, avec élégance, en parlant d'un vêtement, d'une draperie disposés avec quelque négligence mais non sans grâce.
    Terme de peinture. Jeter une draperie, donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. Les plis de cette draperie sont bien jetés.
    Fig. Jeter un voile sur quelque chose, le passer sous silence.
VOLT.: « Je ne veux point lever un oeil présomptueux Vers le voile sacré que vous jetez sur eux [des secrets] »

 3   Jeter un pont sur une rivière, construire, établir un pont sur une rivière ; surtout en parlant des ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.
ROLLIN: « Scipion, ayant jeté un pont sur le Tésin, fit passer ses troupes »
    Jeter les fondements d'un édifice, voy. FONDEMENT ; le langage technique dit plutôt : construire, poser, bâtir, maçonner les fondements d'un édifice.
    Fig.
BOSSUET: « Il jeta les fondements de la religion »

 4   Terme de marine.
JAL.: « Jeter l'ancre, laisser tomber, de l'endroit du navire où elle est retenue, une ancre qui doit aller mordre la terre et s'y fixer, à l'effet de maintenir sur un point de la mer le navire que son câble lie à l'ancre »
LEGOARANT.: « L'expression l'ancre a été d'usage lorsque les ancres étaient maniables ; mais, à présent qu'elles ont une pesanteur considérable, on dit toujours : laisser tomber l'ancre, ou bien mouiller »
    Fig.
LAMART.: « Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, Vers la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? »
    Jeter le plomb, la sonde, lancer à la mer un plomb de sonde attaché à une corde mesurée, pour connaître la profondeur de l'eau ou la qualité du fond.
    Fig. Jeter son plomb, ses plombs sur quelque chose, porter ses vues sur quelque chose, former un dessein pour parvenir à quelque chose, essayer, faire une tentative.
    Jeter le loch, lancer à la mer le loch pour connaître, par la longueur de la corde qui le retient, combien le na vire a fait de route pendant un temps donné.
    
JAL.: « Jeter les grappins d'abordage, lancer d'un navire à un autre les grappins enchaînés, dont l'effet est de rapprocher et de tenir l'un à côté de l'autre deux bâtiments qui vont se battre bord à bord »
    Fig. Jeter le grappin sur quelqu'un, se rendre maître de son esprit.

 5   Se débarrasser de. Il jeta ce qu'il tenait à la main.
VOLT.: « Le traître avait jeté ces gages précieux, Pour n'être point connu par ces marques sanglantes »
VOLT.: « Ils tirent à vingt pas ; ils jettent aussitôt leurs fusils ; et.... se précipitant entre les hommes et les chevaux, ils tuent les chevaux avec leurs poignards et attaquent les hommes, le sabre à la main »
    Jeter les armes, ses armes, les quitter, cesser de combattre.
SÉGUR: « Dans les chutes fréquentes qu'ils [les soldats français] faisaient, leurs armes s'échappaient de leurs mains ; elles se brisaient ou se perdaient dans la neige ; s'ils se relevaient, c'était sans elles ; car ils ne les jetèrent point, la faim et le froid les leur arrachèrent »
    Fig. et familièrement. Jeter le froc aux orties, voy. FROC.
    Fig. Jeter loin, dédaigner.
SÉV.: « Ne jetez pas si loin les livres de la Fontaine, il y a des fables qui vous raviront et des contes qui vous charmeront »

 6   Aux jeux de cartes, ses cartes, les jouer.
MOL.: « Avec les sept carreaux il avait quatre piques, Et, jetant le dernier, m'a mis dans l'embarras »
MOL.: « J'ai jeté l'as de coeur, avec raison, me semble »
    Jeter se dit aussi au piquet, à l'écarté, des cartes que l'on écarte, dont on se défait pour en prendre d'autres. J'ai jeté les coeurs. J'aurais eu une quinte, mais j'ai jeté mon jeu. Jeter les cartes, cesser la partie.
    Bassement et par un mauvais jeu de mots, du coeur sur du carreau, des fusées, vomir.

 7   Mettre, placer, diriger, non sans quelque idée de violence ou du moins de rapidité.
SÉV.: « Un tourbillon de vent vous jette violemment sous une arche »
SÉV.: « Vous, ma chère fille.... vous que j'ai toujours aimée et souhaité d'avoir près de moi, voyez quel orage vous jette au bout du monde »
SÉV.: « M. de Rennes le désire [un domestique] d'une manière à ne pouvoir lui refuser ; nous y jetons un homme qui nous paraît bon »
BOSSUET: « Dieu, qui suit toutes les parcelles de nos corps en quelque endroit du monde que la corruption ou le hasard les jette »
BOSSUET: « Venez maintenant, pécheurs, quels que vous soyez, en quelques régions écartées que la tempête de vos passions vous ait jetés »
RAC.: « Quelle ardeur inquiète Parmi vos ennemis en aveugle vous jette ? »
FÉN.: « Où j'avais ouï dire que mon père avait été jeté par les vents »
MARIV.: « Je le jetai dans une voiture, et nous retournâmes à la maison »
VOLT.: « J'ignore en quels climats nous jette la tempête »
VOLT.: « Pour adoucir en moi cette âpre dureté Des climats où mon sort en naissant m'a jeté »
RAYNAL: « Cette province vit pour la première fois les Portugais en 1535, et ce fut une tempête qui les y jeta ; mais ils ne s'y établirent qu'en 1599 »
    Fig.
SÉV.: « N'admirez-vous point où mon coeur me jette et m'égare ? je suis toute seule, je suis toute attendrie.... »
    Fig. Jeter dans les bras, remettre à la garde, à la protection.
RAC.: « Hé bien ! pour un enfant qu'ils ne connaissent pas, Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras.... »
    Jeter dans un couvent, faire entrer dans un couvent.
SÉV.: « Broglie était un si furieux amant, qu'il fut une des raisons qui la jetèrent [une dame] aux Carmélites »
    Fig. et poétiquement, au lit de, obliger une femme à devenir épouse de.
CORN.: « Ma déroute la jette au lit de Massinisse »
    Fig. Faire entrer dans une société.
MARMONTEL: « Un autre incident me jeta dans des sociétés nouvelles »
    Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers, le mettre ou le faire mettre en prison.
RAYNAL: « Celui qui avait pour lui les armées fut vainqueur, jeta son rival dans les fers, et, plus puissant qu'il ne l'avait espéré, se trouva le maître de toutes les provinces »

 8   Terme de guerre. Jeter des hommes, une troupe, des munitions, des vivres, etc. dans une place, les y faire entrer promptement dans le besoin.
VOLT.: « Buckingham est forcé de ramener en Angleterre ses troupes diminuées de moitié, sans même avoir jeté du secours dans la Rochelle, et n'ayant paru que pour en hâter la ruine »
    Poster en avant ou d'une manière aventureuse.
SÉGUR: « La 15e division restait encore ; le vice-roi l'appelle ; elle s'avance en jetant une brigade à gauche dans le faubourg, et une à droite dans la ville »

 9   Terme de marine. Jeter son navire à la côte, l'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.
    Jeter à la bande, rassembler, sur un seul point, des marchandises qui étaient éparses, afin de faire contre-poids.

 10   Terme de fauconnerie. Jeter l'oiseau du poing, le lancer après la proie. On dit : le faucon et lâcher l'autour.

 11   Terme d'imprimerie. Jeter un blanc, ménager, laisser un blanc.
    On dit de même : une espace, une interligne.

 12   Jeter une couleur sur, donner une couleur à. Le peintre a jeté une teinte grise sur son tableau.
    Fig.
SÉV.: « La tristesse que l'idée de votre délicate santé a jetée sur toutes mes pensées »
VOLT.: « On admira comment Molière avait pu tant de comique sur un sujet qui paraissait fournir plus de pédanterie que d'agrément »
    Dans un sens analogue, l'ombre, les ténèbres, produire l'obscurité.
RAC.: « Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres, Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres »
VOLT.: « Quand la nuit sombre Sur ces coupables murs viendra son ombre »
    Par extension.
CRÉBILLON: « Tant le sort entre nous a jeté de mystère ! »

 13   Diriger quelque partie du corps d'un certain côté. Il jeta la tête en arrière.
    Jeter les yeux, la vue, les regards sur, regarder, considérer.
ROLLIN: « L'acteur ayant récité ce vers qui contenait l'éloge d'Amphiaraüs : il ne veut point paraître homme de bien et juste, mais l'être effectivement, tout le monde jeta les yeux sur Aristide, et lui en fit l'application »
VOLT.: « C'est donc là le dernier [regard] que tu jettes sur elle ! »
VOLT.: « Sur ce billet au moins daignez la vue »
    Fig. Jeter les yeux sur quelqu'un, signifie quelquefois avoir sur quelqu'un des vues particulières. Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre.
RAC.: « Par moi seule éloigné de l'hymen d'Octavie.... Silanus, sur qui Claude avait jeté les yeux.... »

 14   Pousser avec violence, faire tomber.
CORN.: « Ô toi qui n'attends plus que la cérémonie Pour à mes pieds ma rivale punie, ....Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ? »
CORN.: « Quand dans le sein d'Araspe un poignard enfoncé Le jette aux pieds du prince »
VOLT.: « À côté de son maître il le jette sans vie »
    Jeter par terre, à terre, faire tomber à terre. Jeter un homme par terre.
LA BRUY.: « Il crache sur le lit et jette son chapeau à terre »
BUFF.: « Il n'est pas rare de voir les litornes se rassembler au nombre de deux ou trois mille dans un endroit où il y a des alises mûres, et elles les mangent si avidement qu'elles en jettent la moitié par terre »
    Jeter une maison, une cloison, un mur, etc. par terre, démolir, abattre une maison, une cloison, etc.
SACI: « Nos maisons ont été jetées par terre »
    On dit dans le même sens : bas.
    Fig.
CORN.: « Un même instant conclut notre hymen, et la guerre Fit naître notre espoir et le jeta par terre »
    Jeter une porte en dedans, la forcer en en faisant sauter la serrure.
BEAUMARCH.: « Il est un moyen de en dedans cette légère porte »

 15   Fig. Mettre quelqu'un dans une certaine manière d'être. Soulever votre peuple, et votre armée Dedans les intérêts d'une reine opprimée. CORN. Nicom. IV, 2.
BEAUMARCH.: « De Vinius par là gagnant la bienveillance, Il a su le dans une autre espérance »
SÉV.: « Vous mettez par-dessus tout cela des remerciements, des douceurs charmantes, des agréments qui nous jettent dans la confusion »
BOSSUET: « Il s'agit d'une addition au livre XIV, qui a jeté M. Jurieu dans d'étranges emportements »
RAC.: « Dans quel trouble, seigneur, jetez-vous mon esprit ! »
RAC.: « Dans quels égarements l'amour jeta ma mère ! »
RAC.: « De ce refus bizarre où seraient les raisons ? Il pourrait me en d'étranges soupçons »
MASS.: « Cette idolâtrie des richesses qui me jette dans des gains injustes »
    Faire naître certains sentiments.
CORN.: « Et leur division que je vois à regret Dans mon esprit charmé jette un plaisir secret »
CORN.: « Cessez, vaines frayeurs, cessez, lâches tendresses, De dans mon coeur vos indignes faiblesses ! »
CORN.: « [Si] La crainte de vous faire un funeste présent Ne me jetait dans l'âme un remords trop cuisant »
CORN.: « Il n'a rien dit, madame, Qui vous doive aucun trouble dans l'âme »
CORN.: « Il pouvait, sous l'appât d'une feinte promesse, Jeter dans les soldats un moment d'allégresse »
SÉV.: « Il est vrai que de passer ma vie sans vous voir y jette une tristesse et une amertume à quoi je ne puis m'accoutumer »
FLÉCH.: « On pouvait dans son âme quelques fausses impressions, mais.... »
RAC.: « Vous, cependant, allez ; et, sans d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes »
LAMOTTE: « Vous jetez la discorde au sein de ma famille »
VOLT.: « Quelle horreur jetez-vous dans mon coeur étonné ? »
SÉGUR: « Davoust, avec vingt-cinq mille hommes, resta à l'arrière-garde ; pendant qu'il avançait de quelques pas et jetait, sans le savoir, la terreur chez les Russes. la grande armée étonnée leur tournait le dos »
VICTOR HUGO: « Poëtes, j'eus toujours un chant pour les poëtes, Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes, Ne jeta d'ombre sur mon front »

 16   Fig. Jeter loin, dans, obliger à reporter à une époque éloignée ce qu'on veut faire.
SÉV.: « Je ne voudrais point que vous allassiez repasser la Durance.... cela vous jette trop loin dans l'hiver »
SÉV.: « Cela [un retard] vous jettera dans le mois de janvier, et c'est pour en mourir »

 17   Faire subir.
SÉV.: « Le bon exemple que vous voulez donner [en faisant le jubilé] vous jettera dans de plus grandes fatigues »
    Mener à.
SÉV.: « Pour moi, je suis dans l'histoire de France ; les croisades m'y ont jetée »
    Entraîner à.
SÉV.: « Pour son style [d'une dame pleine d'affectation], il m'est insupportable, et me jette dans des grossièretés, de peur d'être comme elle Fig. Jeter, se dit aussi des choses abstraites que l'on assimile à quelque chose qui se jette. »
CORN.: « Seigneur, à découvert, toute âme généreuse D'avoir votre amitié doit se trouver heureuse ; Mais nous n'en voulons plus avec ces dures lois Qu'elle [Rome] jette toujours sur la tête des rois »
CORN.: « Si ce nom sur leur front jette tant d'infamie »
MOL.: « Et je ne voudrais pas par des efforts trop vains Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins »
SÉV.: « Cela [les lettres] rapproche ; on est occupée des pensées que cela jette dans l'esprit »
SÉV.: « Je jette cette pensée dans cette lettre »
SÉV.: « Vous ririez de voir comme tous les vices et toutes les vertus sont jetés pêle-mêle dans le fond de ces provinces »
SÉV.: « La main qui jette tout cela [les vertus et les vices] dans son univers sait fort bien ce qu'elle fait, et tire sa gloire de tout, et tout est bien »
SÉV.: « Jamais personne n'a jeté des charmes dans l'amitié comme vous faites »
    Jeter des propos, avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou à découvrir quelque chose. Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre.
DIDEROT: « Puisque le propos en est jeté, il faut que je le suive »
    On dit, dans un sens analogue, des paroles, des pensées.
SÉV.: « Pour moi, je jette de loin ces paroles en l'air »
SÉV.: « Ce sont des pensées que je vous jette, et dont vous ferez tel usage que vous trouverez à propos »
    Jeter des soupçons contre quelqu'un, faire soupçonner quelqu'un.
    Jeter des brocards, se moquer. Jeter des louanges, louer.
MOL.: « Je vous dirai franchement.... qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet »
SÉV.: « Vous me jetez tant de louanges au travers de toutes mes imperfections.... »

 19   Jeter sur le papier, tracer, écrire à la hâte. Jeter ses idées, un plan, une esquisse sur le papier.
SÉV.: « Voilà tout ce que mon imagination me fait sur ce papier, sans art, sans arrangement, à course de plume »
VOLT.: « Je respecte le génie et l'éloquence de M. Pascal ; mais plus je les respecte, plus je suis persuadé qu'il aurait lui-même corrigé beaucoup de ces pensées qu'il avait jetées au hasard sur le papier pour les examiner ensuite ; et c'est en admirant son génie que je combats quelques-unes de ses idées »

 20   Faire signifier, dénoncer. Jeter une excommunication, la publier, la fulminer.
VOLT.: « L'évêque d'Agen a jeté un monitoire, il y a beaucoup de protestants en prison »
    Jeter les bans d'un mariage, faire les annonces au prône.
    Terme de droit canon. Jeter un dévolu, voy. DÉVOLU.
    Fig. et familièrement. Jeter son dévolu sur, voy. DÉVOLU.

 21   Re sur, attribuer.
CORN.: « Au moindre jour ouvert de tout sur moi »
FLÉCH.: « Jeter sur la conduite de Dieu ce qui n'est causé que par le déréglement de l'homme »
    Exciter à parler de.
MOL.: « Feignons, pour le sur l'amour de son maître »

 22   Il se dit de l'argent, des valeurs qu'on fait entrer dans la circulation.
SÉV.: « Les appartements du roi [par la fonte des meubles d'argent] ont jeté six millions dans le commerce »

 23   Jeter l'argent, être prodigue.
SÉV.: « L'on dit des merveilles de sa belle âme, et de la générosité de M. le prince de Conti, il jette l'argent héroïquement »
SÉV.: « Le roi fait des libéralités immenses ; en vérité, il ne faut point se désespérer ; quoiqu'on ne soit pas son valet de chambre, il peut arriver qu'en faisant sa cour, on se trouvera sous ce qu'il jette »
SÉV.: « Monseigneur fait des merveilles [à Philisbourg].... jetant l'argent avec choix, disant du bien.... »
SÉV.: « On lui vient [à Mme de Montespan] demander des charités pour les églises ; elle jette beaucoup de louis d'or partout fort charitablement et de fort bonne grâce »
BRUEYS: « La facilité avec laquelle la plupart jettent l'argent fait soupçonner qu'il ne leur coûte pas beaucoup »
    Fig.
SÉV.: « J'admire comme il passe, ce temps.... pour moi, vous savez comme je le jette et comme je le pousse jusqu'à ce que vous soyez ici »
SÉV.: « Je jetterais le temps à pleines mains comme autrefois »
SÉV.: « On avance dans un temps auquel on aspire.... on est libérale des jours, on les jette à qui en veut »
    Jeter son bien, tout par les fenêtres, c'est-à-dire dissiper son bien en folles dépenses.
    Il ne jette pas son bien par la fenêtre, il ne jette pas les épaules de mouton toutes rôties, c'est-à-dire il est bon ménager de son bien.
    On dit aussi : C'est un homme d'ordre et qui ne jette rien.
    Fig. et familièrement. Jeter une marchandise à la tête, l'offrir à vil prix.
VOLT.: « Si j'avais un conseil à vous donner, ce serait de réduire un peu l'ancien prix établi à Genève, mais de ne point à la tête une édition qu'alors on jette à ses pieds »
    Fig. et familièrement. Jeter une chose à la tête de quelqu'un, la lui offrir sans qu'il la demande. Ne pensez pas que je lui jette mon bien à la tête, que je lui jette ma fille à la tête.
SÉV.: « Les meilleures choses sont dégoûtantes quand elles sont jetées à la tête »
SÉV.: « Les jours passeront ; j'ai vu que j'en étais avare ; je les jette à la tête présentement »

 24   Calculer avec des jetons. Jetez ces sommes-là ; je les ai jetées, et j'ai trouvé qu'elles montent à.... Apprendre à .
    Ce sens est vieilli. On disait , parce qu'on se servait de jets ou jetons.

 25   Jeter au sort, décider quelque chose par la voie du sort.
SACI: « Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ont jeté ma robe au sort »
    Jeter les dés, les lancer hors du cornet pour amener les points.
    Fig. Le dé en est jeté, le parti en est pris.
    On dit dans le même sens : Le sort en est jeté.
CORN.: « Le sort en est jeté, monsieur, n'en parlons plus »
    Jeter des lots, les tirer au sort.
    Terme d'ancienne coutume. Répartir une imposition.

 26   Pousser, envoyer, lancer hors de soi.
ROTR.: « Je cours au temple alors où la lampe allumée Jette, au lieu de lumière, une noire fumée »
SAINT-FOIX: « On prétend que le lendemain le corps de ce prince [le duc d'Orléans assassiné qu'on avait porté dans l'église des Blancs-Manteaux] jeta du sang, lorsque le duc de Bourgogne, qu'on ne connaissait point encore pour l'auteur de cet assassinat et qui voulut faire bonne contenance, se présenta pour lui donner l'eau bénite »
VOLT.: « L'esprit naturel des habitants ne jetait aucune étincelle »
BUFF.: « La queue est de la même couleur, mais d'une teinte plus foncée, et jette des reflets dorés d'un très bel effet »
C. DELAV.: « La flamme des trépieds jetait des feux sinistres »
    Jeter des larmes, pleurer.
MOL.: « Je jette des larmes de joie »
    Jeter un soupir, un cri, faire un soupir, un cri.
DU RYER: « Je forcerai mon coeur sans de soupirs »
CORN.: « L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie, Albe en jette d'angoisse et les Romains de joie »
ROLLIN: « Léontius fut effrayé ; il jeta quelques soupirs, et se retira fort en colère »
VOLT.: « Ce vieillard vénérable A jeté dans mes bras un cri si lamentable »
LAMART.: « Bientôt.... mais de la mort la main lourde et muette Vient de toucher la corde [de la lyre du poëte] ; elle se brise et jette Un son plaintif et sourd dans le vague des airs »
    Fig. et familièrement. Jeter les hauts cris, se récrier, se plaindre hautement.
    Jeter des menaces.
CORN.: « Jeterai-je toujours des menaces en l'air, Sans que je sache enfin à qui je dois parler ? »
MOL.: « Ce n'est plus cette done Elvire qui faisait des voeux contre vous, et dont l'âme irritée ne jetait que menace et ne respirait que vengeance »
    Fig. et familièrement. Il a jeté tout son venin, c'est-à-dire il a dit, dans l'emportement de sa colère, tout ce qu'il avait sur le coeur.
    Fig. et familièrement. Jeter son feu, tout son feu, voy. FEU, n° 38.
    Jeter feu et flamme, voy. FEU, n° 1.
    Fig. et familièrement. Cet homme jette un vilain coton, voy. COTON.

 27   Jeter des oeufs, être ovipare.
VOLT.: « Parmi les animaux, les uns jettent des oeufs, les autres sont vivipares »

 28   En parlant des mouches à miel, produire et mettre dehors un nouvel essaim. Les mouches ont jeté deux essaims cette année.
J. J. ROUSS.: « Quelques pleines que fussent les ruches prêtes à leur essaim »
    Absolument. Ces mouches n'ont point encore jeté.

 29   En parlant des arbres et des plantes, produire des bourgeons ou des scions. Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions.
A. CHÉNIER: « Il accourt ; devant lui l'herbe jette des fleurs »
    Absolument. Les arbres commencent à .
    Jeter de profondes racines, s'enraciner profondément. Les arbres jettent des racines plus profondes les uns que les autres.
    Fig. Cet abus avait jeté de si profondes racines qu'il était difficile de l'extirper.

 30   Rendre de l'humeur. Cet abcès jette du pus.
SÉV.: « Il y a quatre jours qu'il prit une fantaisie à ma jambe de s'enfler et de des feux et des sérosités »
    Absolument. La plaie commence à . Son cautère jette beaucoup.
    Ce cheval jette sa gourme, il a par les narines un écoulement dû à la gourme.
    Fig. Jeter sa gourme, exhaler sa mauvaise humeur, ou, pour un enfant, être hargneux et difficile, ou, pour un jeune homme, se mal conduire, ou, pour un jeune auteur, produire d'abord des choses faibles ou folles. Absolument. On dit qu'un cheval jette, quand il a un écoulement par les narines, et spécialement dans le cas de morve.

 31   Terme de vénerie. Ce cerf jette sa tête, il quitte son bois.
    Le cerf jette ses fumées, il se vide.

 32   Faire couler du métal fondu dans quelque moule afin d'en tirer une figure. Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en moule.
    Jeter en sable, prendre un moule avec du sable.
    Fig. Jeter en sable, avaler d'un trait.
LA FONTAINE: « Je vais en sable à toi ce petit coup »
LA BRUY.: « Si vous lui apprenez qu'il y a un Tigellin qui souffle ou jette en sable un verre d'eau-de-vie.... »
    Absolument. Ce fondeur jette bien.
    Fig. et familièrement. Cela ne se jette pas en moule, se dit d'un ouvrage qui ne peut se faire qu'avec beaucoup de soin et de temps.

 33   Terme de potier d'étain. Jeter sur la pièce, ajuster une anse ou une pièce sur un vase par le moyen d'un moule.
    Terme de chandelier. Jeter des chandelles, des bougies, les fabriquer au moule.
    Terme de passementier. Jeter en soie, couvrir un bouton de soie tournée sur la bobine.

 34   Se , V. réfl. Être jeté. Les pierres qui se jetaient avec les frondes.

 35   Être prodigué, en parlant de l'argent.
SÉV.: « Cet homme [Penautier, lie avec la Brinvilliers] a un nombre infini d'amis d'importance.... ils n'oublient rien pour le servir ; on ne doute pas que l'argent ne se jette partout »

 36   Se , se lancer soi-même.
RÉGNIER: « Me du pont Neuf à bas dans la rivière »
BOSSUET: « Vous tentez Dieu, et vous vous jetez à terre du haut du pinacle, dans l'espérance de trouver entre deux les mains des anges »
BONNET: « Un homme de bon sens ne se jette pas par la fenêtre ; c'est d'une nécessité morale »
    Par personnification. Ce fleuve, cette rivière se jette dans telle autre, se jette dans la mer, dans un lac, etc. ce fleuve, cette rivière se rend, va se perdre dans telle autre, etc.
    Fig.
VOLT.: « Vous y voulez tomber [dans le précipice], je m'y jette avec vous »
    Terme de manége. Se sur l'éperon, sur le talon, sur la jambe droite ou gauche, se dit d'un cheval qui pousse son corps du côté où le cavalier approche l'éperon, le talon ou la jambe, au lieu de céder à ces aides.
    Terme de marine. Se à la côte, y échouer son navire.

 37   Se précipiter, se porter impétueusement.
CORN.: « Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens »
CORN.: « Je me jette au-devant du coup qui t'assassine »
SACI: « Ce que Moïse ayant entendu, il se jeta le visage contre terre »
SÉV.: « Montgaillard se jeta sur lui comme un furieux.... Pont-Gand tire son épée, et lui en donne au travers du corps, et le jette mort »
SÉV.: « Le coup de canon.... emporta le bras de Saint-Hilaire.... le fils de Saint-Hilaire se jette à son père, et se met à crier »
FÉN.: « Un lion affamé vint se sur mon troupeau »
VERTOT: « César, outré des bruits qu'on répandait contre son honneur et sa réputation, se jette dans la ville, court par les rues... »
DELILLE: « Puis tout à coup se jetant sur eux deux : Monsieur, dit-il, s'adressant à l'un d'eux... »
BUFF.: « Enfin, lorsque le besoin est extrême, il [le loup] s'expose à tout, il attaque les femmes et les enfants, se jette même quelquefois sur les hommes, devient furieux par ces excès, qui finissent ordinairement par la rage et la mort »
    Fig.
RAC.: « Sous quel appui tantôt mon coeur s'est-il jeté ? »
    Familièrement. Se sur la friperie de quelqu'un, l'outrager de paroles.
    Se sur un lit, sur un siége, s'y asseoir, s'y coucher avec précipitation.
SÉV.: « Il se jeta sur un lit, n'en pouvant plus »
GENLIS: « Mme de Clémire, qui n'avait pas fermé l'oeil de la nuit précédente, se jeta sur son lit »
    Se à genoux, se mettre précipitamment à genoux.
RAC.: « Allez, seigneur, vous à ses pieds »
VOLT.: « Le roi, maître de leurs retranchements, se jeta à genoux pour remercier Dieu du premier succès de ses armes »
VOLT.: « Cette femme éperdue à vos sacrés genoux demande à se »
    Se au cou de quelqu'un, lui passer les bras autour du cou en l'embrassant.
SÉV.: « Quand il [le maréchal de Grammont] fut seul avec le père [Bourdaloue qui venait lui annoncer la mort de son fils], il se jeta à son cou, lui disant qu'il devinait bien ce qu'il avait à lui dire »
    Se dans les bras, entre les bras de quelqu'un, se faire serrer, embrasser par quelqu'un.
BOSSUET: « [Le duc d'Enghien] se jetant entre ses bras [du prince de Condé] et dans le sein paternel »
    Fig. Se dans les bras, chercher un appui.
CORN.: « Ne vous jetez donc point, madame, en d'autres bras »
RAC.: « Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie »
    Fig. Se à la tête de quelqu'un, et, absolument, se à la tête, s'offrir avec empressement et sans être recherché.
SÉV.: « Cette conduite de ne vous point à la tête et de laisser place aux désirs de vous voir »
    Se sur quelque chose, signifie quelquefois s'y porter avidement. Les chasseurs mouraient de faim, ils se jetèrent sur un pâté qu'ils avaient apporté.
DUCLOS: « Les archers français, prenant ce premier avantage pour le gain de la bataille, se jetèrent sur le bagage et se mirent à piller au lieu de combattre »
    Se entre les mains, se remettre au pouvoir.
CORN.: « Mais un second otage entre mes mains se jette »
    Se dans, se dit aussi de tout ce qui est comparé à quelque abîme.
CORN.: « Ce serait d'un malheur vous dans un pire »
BOSSUET: « Eutychès, qui ne put combattre cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortement rejeté »
    Se à ou dans, tourner ses vues, ses désirs vers.
PASC.: « Il se jettera à d'autres desseins, et pensera à se rendre maître de quelques îles »

 38   Se , faire une expédition militaire.
BOSSUET: « Un prince justement irrité se jette sur les terres de son ennemi »
    Attaquer avec impétuosité.
VERTOT: « Hirtius trouva un endroit [des lignes d'Antoine] faible et moins défendu, qu'il emporta l'épée à la main ; il se jeta ensuite dans le camp »

 39   Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure, et disparut. Il se jette dans une voiture et se fait conduire chez lui. Il se jeta dans la place avec un millier d'hommes.
    Fig. Se dans un couvent, s'y retirer.
MOL.: « Je le menacerai de me dans un couvent »
    Se dans un désert, s'y réfugier.
SÉV.: « Je suis en colère contre le monde entier, je m'en vais me dans un désert »

 40   Aller, se rendre imprudemment en quelque lieu.
SÉV.: « Nous ne voulons pas nous aller dans la fureur qui agite notre province »

 41   Fig. Prendre, accepter, se laisser aller.
SÉV.: « Il faut se promptement dans la soumission que nous devons à la Providence »
SÉV.: « Cela est fort honnête à vous de vous dans le vert et le bleu, aussitôt que vous apprenez la mort de notre pauvre cousine »
SÉV.: « Nous avons juré à table de ne nous plus dans de pareils soupers »
MADAME DE GRIGNAN: « M. de Grignan s'est jeté dans cette superfluité [un double menton] »
FLÉCH.: « Une téméraire jeunesse se jetait sans étude et sans connaissance dans les charges de la robe »
GENLIS: « Mme de Gerville s'est jetée dans la dévotion »
    Se en un parti, se ranger du côté de ce parti.
SAURIN: « Mais, lorsqu'en un parti, Sunnon, l'on s'est jeté, Regarder en arrière est une lâcheté »
VERTOT: « Il leur parla avec tant de hauteur que la plupart, piqués de ses reproches, se jetèrent dans l'armée de Marius »
VERTOT: « On pendit sur-le-champ, par ordre d'Antoine, un grand nombre d'esclaves qui s'étaient jetés dans le même parti »

 42   Se au travers, à la traverse, entre, venir déranger.
MOL.: « Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie »
MOL.: « On ne vient point ainsi se au travers d'une comédie et troubler un acteur qui parle »
BOSSUET: « Il n'y a rien sur la terre ni de si bien concerté par la prudence, ni de si bien affermi par le pouvoir, qui ne soit souvent troublé et embarrassé par des événements bizarres qui se jettent à la traverse »
STAAL: « Un nouvel embarras se jeta entre nous »

 43   Se sur, se dit des humeurs, des maladies qui attaquent une partie du corps. La goutte s'est jetée sur l'estomac.
SÉV.: « La furie de votre sang, qui vous a fait si souvent du ravage, m'empêche de rire quand il se jette ainsi dans votre gorge »
VOLT.: « Une humeur de soixante et seize ans s'est jetée sur mes glandes, et le contrôleur général sur mes rescriptions »
    Impersonnellement.
SÉV.: « Quand ma petite dernière plaie [à la jambe] a été fermée, il s'est jeté aux environs un feu léger »

 44   Se sur, parler de.
BOSSUET: « Je ne veux pas me sur les passages des Pères [de l'Église] »
LA BRUY.: « Il s'échauffe dans la conversation... de là il se jette sur ce qui se débite au marché »
D'ALEMB.: « Je ferai comme Simonide, qui, n'ayant rien à dire de je ne sais quel athlète, se jeta sur les louanges de Castor et de Pollux »
    Se au travers, parler sans réticence.
SÉV.: « Il [Bourdaloue] se jeta sans balancer tout au travers de ses égarements [du prince de Condé] et de la guerre qu'il a faite contre le roi »
    Se parmi, entreprendre le récit.
BOSSUET: « Mon esprit ne se résoudrait jamais à se parmi tant d'horreurs [la révolution anglaise], si.... »
    Se dans, se laisser aller à.
SÉV.: « Là-dessus, M. le chancelier s'est jeté dans de grands discours, pour faire voir le pouvoir légitime de la chambre »
SÉV.: « À tout hasard je me suis jetée dans ces détails »
BOILEAU: « Voir de quelle manière je m'y étais pris.... pour me dans le style doucereux »

 45   Avoir recours.
SAINT-SIMON: « Chiverny se jeta aux pardons, à l'obscurité et à ce qu'il put trouver d'excuses »

PROVERBE Qui bien jettera, son compte trouvera, c'est-à-dire lorsqu'on calcule exactement ses dépenses, on n'outre-passe point son revenu.

HISTORIQUE
    Xème siècle
     Eulalie: Enz en l'fou la getterent, com arde tost [ils la jetèrent dans le feu, afin qu'elle brûle tôt]
    XIème siècle
     Lois de Guill. 38: Jo jetai vos choses de la nef par poür [peur] de mort
     Ch. de Rol. XXXV: Getet serez sur un malvais somier [bête de somme]
     ib. CXXXV: Haubert et haume i getent grant flambur [éclat]
     ib. CCLVII: À icest coup [ils] en jetent mort sept mille
     ib. CCLXXVI: Jetez mei [sauvez-moi] hui de mort et de calunje [accusation]
    XIIème siècle
     Ronc. 74: Cil court plus tost qu'ars [arc] ne gete bougon [flèche]
     ib. 199: Puis i faites [au feu] le glouton souzduiant
     Couci, VII: Que ma dame ne me jet de prison
    XIIIème siècle
AUDEFR. LE BAST.: « Ele l'entent [son ami], si lui geta un ris »
     Légende en prose de Girart, cité dans J. des savants, avril 1860, p. 202: Il commança par grant estude entendre diligemment à piteuses oevres, les quex li hermitaiges li avoit enseignié, c'est à savoir lui giter sovant en oroisons, sovantes fois geüner
     Berte, XV: Lors a la male serve un mout grant cri gete
     ib. XXVIII: Quant s'estoit relevée, mout grâns soupirs [elle] getoit
     ib. XLII: Or me veuillez, dous sire, de cest peril
VILLEH.: « Et cil asegia Andrenoble, et i dreça trente perrieres qui gitoient en la cité et as murs et as tors »
     l'Escoufle: Il a pris de l'un poing en l'autre Le faucon pour à droit
     la Rose, 9837: El giete par tout feu et flame, Preste de perdre et cors et ame
BRUN. LATINI: « Il est voirs [vrai] que, quant il [Romulus et Rémus] furent né, l'on les gita sor une riviere.... »
BEAUMANOIR: « S'il avient qu'aucuns tienne son fief sans fere homage et li sires ne gete pas la main au fief, parce qu'il n'en set mot »
JOINV.: « Le roy me dist que ce moustier estoit fait en l'onneur du miracle que Dieu fist du dyable que il geta hors du cors de la fille à la veuve femme »
    XIVème siècle
     Lett. de remission, dans LACURNE: Les compaignons de la dicte ville et plusieurs autres du pays environ se esbatoient à à un pourcel pendu à une attache....
     Guesclin. V. 20037-20060: Maudit soit-il de Dieu qui le monde crea, Qui de traire et jetter tout premier s'avisa ! Car oncques hardis homs si ne le purpensa
DU CANGE: « Jetteront [répartiront] sur eulx les diz habitans leurs dictes tailles »
DU CANGE: « Icellui jour, après souper, le dit Jehan dist qu'il vouloit jetter la pierre [sorte de jeu], et y mettoit un franc au plus hardi »
    XVème siècle
FROISS.: « [Le duc d'Anjou] jeta son avis à aller mettre le siege devant Bergerac »
FROISS.: « Et eut là certains articles de traités faits, jetés et accordés entre le roi d'Angleterre et le jeune comte »
FROISS.: « Adonc disoit le roi : Connestable, jetez l'oisel, si verrons comment il chassera et volera »
COMM.: « Et comme ils furent si près qu'ils gettoient les lances en arrest »
     Perceforest, t. II, f° 108: Et si luy avoit emblé ung jeune lyon qui le suivoit, que la lyonnesse qu'il avoit occise avoit jecté [mis bas] celle année
    XVIème siècle
LANOUE: « Ceux-ci, estans bien conjoints ensemble, devroient jetter les fondements d'un si magnifique dessein »
PARÉ: « Tost après la playe ne jette plus et se consolide »
MONT.: « Se jecter à l'abri des coups dans une place »
MONT.: « Se jecter dans le vague champ des imaginations »
MONT.: « Qu'on jecte une poultre entre ces deux tours »
AMYOT: « Ceux-là se vindrent tous ensemble jetter aux piedz de Marcellus »
AMYOT: « Si c'estoit en hyver, il jettoit seulement une jacquette sur ses espaules »
AMYOT: « Il jetta Aristobulus hors de toutes ses forteresses »
AMYOT: « Il se mit à la voile et se jetta en pleine mer »
LA BOËTIE: « .... Ny en quelle sorte il les faut mettre en terre à fin qu'ils prennent et jectent mieux »
LA BOËTIE: « La terre jecte des herbes infinies de toutes sortes »
LA BOËTIE: « Parlant aux flots, leur jecta ceste voix »
     Manuel de l'amateur de jetons, par DE FONTENAY, p. 125, 1854: Pour bien et dejeter, faut bien entendre et peu parler
COTGRAVE: « Jecter son lard aux chiens »
COTGRAVE: « Jecter la pierre et cacher le bras »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, giter ; provenç. gitar, gietar, getar ; espagn. jitar, jetar ; ital. gittare, gettare ; du latin jactare, fréquentatif de jacio (voy. JET).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    JETER. Ajoutez : - REM. On trouve dit pour mettre bas, en parlant des femelles d'animaux.
     Avranchin, 29 août 1875: Une bonne jument pleine, un très beau boeuf, une génisse prête à le veau Comparez cela au n° 27 de .


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je jette. Je jetais. J'ai jeté. Je jetterai. Jetant.") Lancer avec la main ou de quelque autre manière. "Jeter des pierres. Jeter un dard, un javelot. Jeter des fusées, des grenades. Jeter ses armes pour s'enfuir. Jeter quelque chose au vent. Jeter quelque chose en l'air. Jeter quelque chose à la tête. Jeter de l'eau par la fenêtre. Jeter un filet dans l'eau pour pêcher. Jeter un palet. Jeter les dés hors du cornet. Jeter quelque chose au feu. Jeter de l'huile dans le feu. Cela n'est bon qu'à au feu. Jeter de l'argent au peuple. Jeter des fleurs devant le saint sacrement. Jeter des semences en terre. Jeter des marchandises à la mer pour alléger le navire. Jeter de l'eau bénite. Jeter quelque chose de haut en bas."
"Jeter un châle, une mante, un manteau, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un," Mettre avec quelque promptitude un châle, etc., sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un. On dit aussi, "Ce vêtement, cette draperie, etc., est jetée avec grâce, avec élégance," en parlant D'un vêtement, d'une draperie disposés avec une négligence qui a de la grâce, etc.
En termes de Peinture, "Jeter une draperie," Donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. "Ce peintre jette mal ses draperies. Les plis de cette draperie sont bien jetés."
En termes de Marine, "Jeter l'ancre," La faire tomber dans la mer, pour arrêter le navire. "Jeter le plomb, la sonde," Laisser tomber la sonde pour connaître la hauteur de l'eau ou la qualité du fond.
Aux Jeux de cartes, "Jeter ses cartes," Les jouer.
"Jeter les fondements d'un édifice," Les asseoir, les établir. Figurément, "Jeter les fondements d'un empire, d'un royaume, d'une république, etc.," Fonder un empire, etc.
"Jeter un pont sur une rivière," Construire, établir un pont sur une rivière. Cela se dit surtout en parlant Des ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.
Prov. et fig., "Jeter de l'huile sur le feu, dans le feu," Exciter une passion déjà très-vive, très-violente; aigrir des esprits qui ne sont déjà que trop aigris.
Prov. et fig., "Il n'en jetterait pas sa part aux chiens," se dit D'un homme qui se croit bien fondé dans les prétentions qu'il a sur quelque chose.
Prov. et fig., "Jeter son bien, tout par les fenêtres," Dissiper son bien en folles dépenses. "C'est un homme d'ordre, et qui ne jette point son bien par les fenêtres." On dit aussi, "C'est un homme d'ordre, et qui ne jette rien."
Fig. et fam., "Jeter une marchandise à la tête," L'offrir à vil prix. "Il y avait tant de gibier au marché, qu'on le jetait à la tête."
Fig. et fam., "Jeter une chose à la tête de quelqu'un," La lui offrir sans qu'il la demande. "Ne pensez pas que je lui jette mon bien à la tête, que je lui jette ma fille à la tête." On dit de même, avec le pronom personnel, "Se à la tête de quelqu'un," et absolument, "Se à la tête," S'offrir à lui avec empressement, et sans être recherché. "Il ne faut pas se à la tête des gens. Il est fort imprudent de se ainsi à la tête."
Fig. et fam., "Jeter de la poudre aux yeux," Éblouir, surprendre par de faux brillants, par des raisons spécieuses, etc. "Il a jeté de la poudre aux yeux à toute l'assemblée. Ce discours a jeté de la poudre aux yeux. Il croyait nous de la poudre aux yeux."
Fig. et fam., "Jeter le froc aux orties," Renoncer à la profession monacale; et, par extension, Renoncer à l'état ecclésiastique. On le dit aussi De toute personne qui, par inconstance, renonce à quelque profession que ce soit.
Fig. et fam., "Jeter le grappin sur quelqu'un," Se rendre maître de son esprit.
Prov. et fig., "Jeter son plomb sur quelque chose," Porter ses vues sur quelque chose, former un dessein pour parvenir à quelque chose. "Il a jeté son plomb sur cet emploi."
Prov. et fig., "Jeter le manche après la cognée," Abandonner une affaire, une entreprise, par chagrin, par dégoût, par découragement.
Fig. et fam., "Je jetai mon bonnet par-dessus les moulins." Phrase par laquelle on terminait les contes que l'on faisait aux enfants, et qui signifie, Je ne sais ce que tout cela devint, je ne sais comment finit le conte, l'histoire.
Prov. et fig., "Jeter son bonnet par-dessus les moulins," Braver les bienséances, l'opinion publique. "Cette femme a jeté son bonnet par-dessus les moulins."
Prov. et fig., "Jeter sa langue aux chiens," Renoncer à deviner quelque chose. "Il m'est impossible de trouver le mot de cette énigme, je jette ma langue aux chiens."
Prov. et fig., "S'il disait, s'il faisait telle chose, il ne serait pas bon à aux chiens," Tout le monde le blâmerait et crierait après lui.
Fig., "Jeter un voile sur quelque chose," Le passer sous silence. "Jetons un voile sur le passé, sur les horribles détails de ce crime."
Fig., "Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers," Le mettre ou le faire mettre au cachot, en prison.
Fig., en termes de Guerre, "Jeter des hommes, de l'infanterie, de la cavalerie, des munitions, des vivres, etc., dans une place," Les y faire entrer promptement dans le besoin.
En termes de Fauconnerie, "Jeter le faucon," Le laisser partir pour le vol. En parlant De l'autour, on dit, "Lâcher."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi figurément, tant au sens physique qu'au sens moral, dans l'acception de Mettre, placer, diriger, envoyer, etc., et souvent avec l'idée d'une certaine violence, de quelque soudaineté ou rapidité dans l'action. "Quand le Créateur nous jeta sur la terre. Il fut malgré lui jeté sur le trône. Il prétendait qu'on avait jeté un sort sur son troupeau. Jeter rapidement ses idées sur le papier, sur la toile, etc. Jeter un coup d'oeil sur quelqu'un, sur quelque chose. Jeter un regard, des regards de compassion sur une personne. Jeter des oeillades. Jeter les yeux sur quelqu'un, sur quelque chose. En jetant les yeux de ce côté, j'aperçus une lumière. Avez-vous jeté les yeux sur son mémoire? Jeter un regard sur le passé. Jeter l'effroi, l'épouvante dans une maison, dans le camp, etc. Jeter du ridicule sur quelqu'un. Jeter de l'odieux sur une action. Jeter son soupçon, ses soupçons sur quelqu'un. Jeter des soupçons dans l'esprit de quelqu'un. Jeter des semences de vertu dans le coeur d'un jeune homme. Ce mot jette quelque obscurité dans la phrase. Cela peut une vive lumière, un grand jour sur les causes de tel événement. Jeter quelqu'un dans le péril, dans un danger. Jeter dans l'inquiétude. Cela me jette dans un grand embarras. La surprise où les jeta cette nouvelle. Jeter dans l'illusion. Jeter dans l'erreur."
"Jeter les yeux sur quelqu'un," signifie quelquefois, Avoir sur quelqu'un des vues particulières. "Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre."
"Jeter des propos," Avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou à découvrir quelque chose. "Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre."
"Jeter des soupçons contre quelqu'un," Faire soupçonner quelqu'un.
"Jeter au sort," Décider quelque chose par la voie du sort.
"Le sort en est jeté," Le parti en est pris. On dit dans le même sens, "Lé dé en est jeté."
Fig. et fam., "Jeter son dévolu sur quelqu'un, sur quelque chose," Arrêter ses vues, fixer son choix sur quelqu'un, sur quelque chose.
En termes d'Impr., "Jeter un blanc," Ménager, laisser un blanc. On dit à peu près de même, "Jeter une espace, une interligne."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois dans le sens de Pousser avec violence, tant au propre qu'au figuré. "Jeter un homme par terre. Les vents nous jetèrent sur un écueil. La tourmente politique les avait jetés loin de leur patrie."
Fig. et fam., "Jeter une maison, une cloison, un mur, etc., par terre," Démolir, abattre une maison, une cloison, etc. On dit dans le même sens, "Jeter bas."
En termes de Marine, "Jeter son navire à la côte," ou "Se à la côte," S'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Pousser, envoyer, lancer hors de soi. "Un animal qui jette son venin. Le tronc de cet arbre jette une espèce de gomme. Cette fontaine jette beaucoup d'eau. Une montagne qui jette des feux. Un tison qui jette des étincelles. Cette lampe jette beaucoup de lumière, jette un éclat très-vif."
"Jeter des larmes," Pleurer. "Il ne jeta pas une larme."
"Jeter un soupir, un cri," Faire un soupir, un cri. Fig. et fam., "Jeter les hauts cris," Se récrier, se plaindre hautement.
Fig. et fam., "Cet homme jette un vilain coton," Il perd son crédit, sa réputation. On dit ironiquement, dans le même sens, "Il jette un beau coton." On dit aussi D'un homme atteint d'une maladie qui le fait dépérir, "Il jette un mauvais coton."
Fig. et fam., "Il a jeté tout son venin," Dans l'emportement de la colère, il a dit tout ce qu'il avait sur le coeur contre un tel.
Fig. et fam., "Jeter son feu, tout son feu," Faire et dire tout ce qu'inspire la colère, de manière que l'on en est plus tôt apaisé. "Jeter feu et flamme," Se livrer à de grands emportements de colère.
"Jeter son feu," signifie aussi, Faire d'abord preuve de talent, de génie, et ne pas réaliser ensuite les espérances que l'on avait données de soi. On dit dans un sens analogue, "Cet auteur a jeté son feu, tout son feu dans le premier acte de sa tragédie, dans son premier volume."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit particulièrement Des ulcères, des abcès, etc. "Cet abcès jette du pus." Absol. : "Ces ulcères, ces pustules jettent beaucoup. Sa plaie commence à ."
Il se dit également Des chevaux. "Ce cheval jette sa gourme, une fausse gourme." Absol., "Ce cheval jette, il est morfondu."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre Des mouches à miel qui produisent et mettent dehors un nouvel essaim. "Ces mouches n'ont point jeté cette année. Les bonnes mouches jettent deux fois l'an. Cette ruche n'a pas encore jeté."
Il se dit encore Des arbres et des plantes qui produisent des bourgeons ou des scions. "Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions." Absol.: "Les arbres commencent à . La vigne ne jette pas encore."
"Jeter de profondes racines," S'enraciner profondément. Il se dit au propre et au figuré. "Ces arbres ont jeté de profondes racines. Cet abus avait jeté de si profondes racines, qu'il était bien difficile de l'extirper."
En termes de Vénerie, "Ce cerf jette sa tête," Il quitte son bois.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Calculer avec des jetons. "Jetez ces sommes-là. Je les ai jetées, et j'ai trouvé qu'elles montent à... Apprendre à ." Ce sens est vieux.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Fonderie, Faire couler du métal fondu dans quelque moule, afin d'en tirer une figure. "Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en argent. Jeter en sable. Jeter en moule. Ce fondeur jette bien."
Fig. et fam., "Cela ne se jette pas en moule," Cet ouvrage ne peut se faire qu'avec beaucoup de soin et de temps.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, tant au propre qu'au figuré, Se lancer, se précipiter, se porter impétueusement dans, contre, vers quelqu'un ou quelque chose. "Se par la fenêtre. Se dans le feu, dans un puits, dans la mer. Notre vaisseau alla se contre les rochers. Se au cou de quelqu'un pour l'embrasser. Je me jette à vos pieds. Il s'est jeté dans mes bras. Se sur quelqu'un pour le maltraiter. Il se jeta sur son ennemi. Les chiens se jetèrent sur le loup. Un animal qui se jette sur sa proie. Il se jeta au milieu des ennemis. Il s'y jette à corps perdu. Se dans les réformes. Se dans la dévotion. Abandonner un excès pour se dans l'excès contraire. Se volontairement dans le péril. Se dans un parti."
"Ce fleuve, cette rivière se jette dans telle autre, se jette dans la mer, dans un lac, etc.," Ce fleuve, cette rivière se rend, va se perdre dans telle autre, etc.
"Se sur quelque chose," signifie quelquefois, S'y porter avidement. "Les soldats se jetèrent sur ces provisions et les pillèrent. On servit une pyramide de fruits, tout le monde se jeta dessus."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie quelquefois particulièrement, Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. "On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure et disparut. Il se jeta dans le plus épais du bois. Il se jeta dans telle place avec trois mille hommes, et y fit une longue résistance."
Fig., "Se dans un couvent," S'y retirer.




Emplacement dans le dictionnaire :

jésuite
jésuitesse
jésuitique
jésuitiquement
jésuitisme
jésus
jet
jeté
jetée

jeton
jetonnier
jettice
jeu
jeudi
jeumérante
jeun
jeun
jeûne
jeune
jeunement




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...je viendrai m'asseoir dans le vent, dans la nuit, au bout du rocher solitaire, que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit que fait mon coeur sur cette terre, ne te contente pas, océan, de jeter sur mon visage un peu d'écume : d'un coup de lame alors il te faut m'emporter pour dormir dans ton amertume. 6e LIVRE (i) Belle source, je veux me rappeler sans cesse qu'un jour, guidé par l'amitié,...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...chaises ; -des personnes en robe noire, il est vrai, et immobiles-mais très rassurantes quand même, très connues, très aimées : mère, grand'mère et tantes. Alors je prenais ma course pour aller me jeter sur leurs genoux, -et c'était un des instants les plus amusants de ma journée. CHAPITRE IX ... deux enfants, deux tout petits, assis bien près l'un de l'autre, sur des tabourets bas, dans une grande...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...plus d'esprit qu'à personne, et, sur un seul mot échangé, nous riions souvent ensemble, aux dépens de notre prochain ou de nous-mêmes, en fusée subite, jusqu'à en être pâmés, jusqu'à nous en jeter par terre. Tout cela ne cadrait guère, je le reconnais, avec les sombres rêveries apocalyptiques et les graves controverses religieuses. Mais j'étais déjà plein de contradictions à cette époque......


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...charmé aussi de ce patois méridional, de ces chants montagnards, de tout cet incontestable dépaysement, dont l'impression me revenait de partout à la fois. Encore aujourd'hui, quand il m'arrive de jeter les yeux sur quelqu'un de ces objets que je rapportais de là-bas pour mon musée, ou sur quelqu'une de ces petites lettres que j'écrivais chaque jour à ma mère, je sens tout à coup comme du soleil,...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...très songeur, adossé au mur chaud sur lesquels couraient des lézards et gardant sur mes genoux, avec épouvante, le petit carré de papier où je venais de fixer mon avenir. Puis, l'envie me prenant de jeter les yeux sur l'horizon, sur l'espace, je mis le pied dans cette brèche familière du mur par laquelle je montais pour regarder fuir les papillons imprenables, et je me hissai des deux mains jusqu'au...


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